Que sont les maths devenues au lycée ? (2)

Les mathématiques au cœur de Parcoursup!

Les maths au coeur du lycée

Le lycée, nouvelle mouture est plein de promesses. C’est « + d’accompagnement, + de choix, + de liberté pour réussir » mais – de maths à l’école et + de maths dans Parcoursup !

Dans la brochure promotionnelle offerte par le Ministère aux élèves de 3ème, il est écrit que les enseignements de spécialité « permettent d’approfondir ce qui vous passionne et ce qui vous fera réussir dans l’enseignement supérieur. » Deux mensonges. D’abord, il est précisé dans la page précédente que l’élève doit choisir 4 à 5 spécialités en voie générale parce qu’il est possible que ce qui passionne l’élève ne passionne pas les autres et que la spécialité attendue ne soit finalement pas proposée faute de postulants suffisants. Il faudra donc s’orienter vers une spécialité « moins passionnante ». Ensuite, les universités ont été obligées d’établir en 2017 une liste d’attendus, c’est-à-dire une liste de pré-requis recommandés (voire nécessaires) pour intégrer les premières années de licence. « Les établissements d’enseignement supérieur ont donc en leur possession une liste d’exigences, qu’ils devront respecter pour le recrutement des étudiants. »[1] Donc, les spécialités choisies au lycée sont importantes pour la suite du parcours post-bac. Donc, si ma fille veut devenir ingénieur, elle doit accepter d’étudier fort peu les langues étrangères ou l’histoire, même si cela la passionne plus que le programme de mathématiques. C’est juste que le programme de mathématiques est, dans son cas,  plus utile, nécessaire et obligatoire pour se lancer dans des études d’ingénieurs. Là où la chose devient cocasse, est que les élèves qui réussissaient le mieux partout dans les études supérieures étaient les élèves de S.[2]  Il est donc difficile de renoncer aux élèves « matheux » et l’université s’adapte. Donc, par exemple, pour suivre des études de Droit, les profils « littéraires » sont particulièrement recherchés, lit-on dans l’Étudiant, mais « être plus à l’aise en maths et en physique-chimie n’est pas rédhibitoire, au contraire. Les bacheliers S sont ceux qui réussissent le mieux leur première année parce qu’ils ont un mode de raisonnement qui est recherché en droit », admet Nicolas Leroy. Même constat pour Arnaud Haquet : « Le droit est une matière où il faut faire des démonstrations et des déductions, il faut être rigoureux. » [3] S’il n’est pas nécessaire de faire des sciences physiques pour entrer en droit, l’algorithme prend bien en compte la note de … mathématiques. Or, aujourd’hui, les mathématiques, c’est forcément la spécialité dont on a déjà dit dans l’article précédent[4] que le niveau est plus difficile que dans la S actuelle. Dans les classes préparatoires littéraires, il n’est pas question non plus de se priver des bons élèves de l’anciennement nommé S. Toujours dans l’Étudiant, on rappellera donc que si le cursus « littéraire » est privilégié, les classes préparatoires littéraires ne ferment pas les portes aux bacheliers « scientifiques »[5]. Même Sciences Po propose une épreuve de mathématiques d’un très bon niveau S si j’en crois les différents témoignages. Conclusion, si votre enfant n’a que peu d’idées pour la suite de ses études, une spécialité « mathématiques » s’impose, elle ouvre toutes les portes, ce qui nous change drôlement de l’ancienne S ! On pourra même soupçonner que les élèves qui auront choisi la spécialité mathématiques seront très demandés. Voilà qui nous ramène toujours à la domination des mathématiques, sauf que, à l’heure actuelle, les élèves de S ont un cursus qui compte des heures de langues étrangères, d’histoire- géographie supérieures aux heures actuelles proposées dans le tronc commun. De plus, les élèves de S étaient ceux qui étudiaient le plus le latin en option (et pour quelques rares élèves le grec.) On peut dire que le baccalauréat S était un petit bac général. Comme nul ne sait si les heures d’option de mathématiques « complémentaires » et « experts » seront prises sur les heures de marge, nul ne sait s’il sera possible de cumuler maths expert et latin/grec. Nous prenons le risque d’avoir de jeunes « matheux » exclusivement « matheux. » Pour rappel, le baccalauréat A, transformé en bac L par Francois Bayrou dans les années 1990, était composé à 40% d’élèves de A1 qui étudiaient aussi des mathématiques.[6] Ce sont ces élèves qui ont reflué vers le baccalauréat S afin de poursuivre un enseignement mathématiques malgré un goût prononcé pour les études littéraires. Désormais, vont refluer aussi vers la spécialité mathématiques les futurs anciens ES qui eux aussi ont besoin de mathématiques s’ils veulent poursuivre des études longues après le baccalauréat. Donc, selon toute vraisemblance, les mathématiques vont être très demandées, indépendamment des goûts dominants des élèves. C’est ce que semble indiquer les premiers sondages. [7] Or, faut-il le rappeler, le niveau de difficulté du programme de mathématiques augmente avec la réforme du baccalauréat.Ce qui amène une nouvelle question. Comment les élèves qui sortiront du collège rénové et appauvri dans ses contenus, notamment mathématiques vont-ils se mettre au niveau attendu? Existerait-il une grâce qui ferait miraculeusement pousser une bosse des maths entre 15 et 16 ans offrant à nos enfants miraculés les niveaux de connaissances et de compréhension nécessaires et suffisants pour suivre le programme de spécialité? Ou bien faudra t-il offrir à nos enfants des cours privés après l’école afin qu’ils soient mis au niveau?

Ainsi, nous voyons bien que les élèves désormais doivent aborder leur scolarité, non pas en fonction de leurs goûts, mais en fonction de la meilleure stratégie possible en vue d’intégrer les cursus post-baccalauréat à un âge (en seconde) où généralement ils n’ont que peu d’idées sur ce qu’ils souhaitent faire plus tard, mais en fonction aussi des chances de réussite des épreuves au baccalauréat! Je vois, dans ma boule de cristal, que les officines privés de cours particuliers vont se régaler.

Il semble donc que le gouvernement ait sous-estimé l’importance des mathématiques dans la tête des Français. Autant la disparition du grec, du latin, de l’italien ou de l’allemand n’a ému personne ou presque excepté les professeurs concernés, autant la disparition des mathématiques dans le tronc commun inquiète élèves et parents au point qu’elle est la discipline la plus demandée en spécialité. La réaction des Français était pourtant prévisible : en 1979,  le ministre Beullac souhaitait réduire l’engouement pour la filière C (Maths/ Physiques) et ré-équilibrer les filières générales. Et déjà à l’époque, il était question d’assurer malgré une baisse des heures un meilleur enseignement grâce à une meilleure formation des enseignants.[8] En 40 ans, les « éléments de langage » n’ont pas pris une ride, mais cette première réforme et les autres ont produit l’exact contraire de ce qui était annoncé : le renforcement de l’importance des mathématiques dans le cursus des élèves désireux de suivre des études supérieures. Il n’existe alors qu’une seule alternative: soit le niveau de mathématiques sera faible, malgré les programmes, afin de s’adapter au vrai niveau aux élèves, soit seuls les élèves ayant des cours particuliers en dehors de l’école pourront accéder à la spécialité « mathématiques ». Mis en perspective avec le développement des certifications [9], l’école de la confiance est une école qui va coûter très cher aux familles.

Notes:

[1] https://www.studyrama.com/parcoursup/parcoursup-et-universite-que-sont-les-attendus-104188

[2] https://educationenquestionblog.wordpress.com/2018/05/13/parcoursup-luniversite-sans-horizon/ sous partie: suprématie des mathématiques

[3] https://www.letudiant.fr/lycee/seconde/lycee-quelles-specialites-choisir-pour-entrer-en-licence-de-droit.html

[4] https://educationenquestionblog.wordpress.com/2019/03/10/que-sont-les-maths-devenues-au-lycee-1/#more-1937

[5] https://www.letudiant.fr/lycee/seconde/lycee-quelles-specialites-choisir-pour-integrer-une-classe-preparatoire-litteraire.html

[6] https://www.apmep.fr/IMG/pdf/AAA17009.pdf

[7] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/11/21112018Article636783828370437579.aspx

[8] https://www.ina.fr/video/CAA7901703601

[9] https://educationenquestionblog.wordpress.com/2018/03/30/la-certification-en-anglais-pour-tous/#more-1872

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4 réflexions sur “Que sont les maths devenues au lycée ? (2)

  1. Flo dit :

    Je ne savais pas que cette volonté de « diminuer l’importance des mathématiques » était aussi ancienne (je pensais qu’elle datait du remplacement de C et D par S). Si on suppose qu’on essaie de diminuer l’importance des mathématiques comme matière de sélection élitiste : moins ça marche, plus on recommence…

    Aimé par 1 personne

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