Que sont les maths devenues au lycée ? (1)

Les mathématiques au cœur du lycée!

Les maths au cœur du lycéeLe lycée, nouvelle mouture est plein de promesses. C’est « + d’accompagnement, + de choix, + de liberté pour réussir » mais – de maths !
Rappel : les filières du baccalauréat général disparaissent. (Je le rappelle car de nombreux parents d’élèves de mon entourage ne semblent pas l’avoir compris.) Tous les élèves ont un tronc commun de 16 heures et doivent ensuite choisir parmi 12 spécialités, 3 spécialités en 1ère, 2 en Tle.

Tronc commun du baccalauréat général : 16 heures/semaine

Pas de maths au lycée

Comme chacun peut le constater, il n’y a plus de mathématiques dans le tronc commun. Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Marie Blanquer, tente de faire croire que « des mathématiques seront enseignées dans l’enseignement commun de « l’enseignement scientifique »,cette nouvelle matière qui rassemble des éléments de physique et de science de la vie et de la terre, ce qui est faux. Dans les programmes, il n’est nullement question d’étudier des concepts mathématiques mais d’appliquer des formules mathématiques, c’est-à-dire d’utiliser sa calculatrice en suivant des consignes. Si vous vouliez que votre enfant comprenne ces formules, circulez. C’est un petit peu comme si, en exagérant à peine, le ministre considérait qu’un joueur de basket faisait des mathématiques lorsqu’il compte ses pas, balle en main. Il est en effet bien rappelé dans chaque attendu de chapitre de cet « enseignement scientifique » qu’aucun attendu mathématique n’est demandé. Par exemple, je cite: « les fonctions exponentielles et logarithmes ne font pas partie des connaissances attendues » dans le chapitre 1. « Le calcul de la longueur entre deux points le long d’un grand cercle n’est pas exigible » pas plus que la loi des sinus dans la partie 3. « La racine douzième est introduite par analogie avec la racine carrée, en lien avec l’utilisation de la calculatrice ». Mais les élèves pourront calculer des volumes d’un cube ou d’une sphère (je rappelle que nous sommes au lycée). Pas d’études mathématiques, donc.
Le ministre ne manque pas une occasion de rappeler, ici , dans cette émission sur BFM TV, que les L n’avaient déjà plus de mathématiques et que les ES n’en avaient que « quelques/ heures » et que la réforme de 2010 avait déjà baissé le niveau de programmes mathématiques des bacheliers ES (Le directeur de la DGESCO étant à l’époque…monsieur JM Blanquer!). Il sera donc utilement rappelé au ministre que l’absence de mathématiques en L n’était sans doute pas une bonne idée et que les ES avaient besoin de mathématiques s’ils souhaitaient s’engager dans des cursus post-bac d’économie ou de commerce. Or, selon le SNES, dans les nouveaux programmes, le niveau des mathématiques de la spécialité en première, « est un programme classique pour une première … S ! Et même pour une S, le contenu est très très lourd, surtout avec seulement 4h de cours (par semaine) pour les élèves. C’est à peu de choses près le volume du programme des années 90… où les élèves en avaient 6 ! » Donc, c’est clair, à moins qu’il n’ait une grosse affinité avec les mathématiques, genre ingénieur en herbe, votre enfant ne fera pas de maths : c’est tout ou rien. Par contre, affinité ou pas, il aura de l’éducation civique et morale…
Pourtant, pas d’inquiétude, les mathématiques seraient au cœur du nouveau lycée. Toute honte bue, Monsieur Blanquer et monsieur Villani nous expliquent dans deux vidéos que « l’enseignement scientifique permettra d’apprendre les mathématiques à travers différentes applications (physique-chimie, sciences économiques et sociales, etc.). » Voilà qui est faux encore. Le programme de spécialité « sciences économiques et sociales » ne comportent pas de mathématiques appliquées.
Si on tend l’oreille, on retrouve chez monsieur Villani l’argument maintes fois utilisés autrefois pour réduire les heures de l’enseignement du français. Sous prétexte de tout étudier en langue française, il a été raconté que les élèves « faisaient » du français dans toutes les disciplines, donc pouvaient se passer de quelques heures d’enseignement du français. De la même manière, si vous prenez spécialité « Physique chimie » ou Sciences de l’ingénieur » ou « Numérique et sciences informatiques » ou « sciences économiques », vous serez bien confrontés à des chiffres, des courbes, des données… On peut donc dire, sans rire, que lorsque vous étudiez des graphiques en « Histoire géographie » ou en « Histoire géographie géopolitique et sciences politiques », vous faîtes des mathématiques ! Avions- nous alors vraiment besoin d’une spécialité « mathématiques » ? Bref, dans les faits, seuls les élèves choisissant la spécialité mathématiques étudieront les mathématiques, le reste n’est que mensonge et verbiage pour masquer la spécialisation définitive et réservée à une minorité d’une matière à laquelle pourtant tout le monde reconnaît qu’elle est essentielle pour former au raisonnement et à la démonstration. Apparemment, la logique sera désormais chasse réservée.
Le ministre dégaine alors sa dernière cartouche : outre la spécialité, il y a deux options de mathématiques qui refont leur apparition en Terminale (et seulement en Terminale) : les mathématiques « complémentaires » et les mathématiques « experts ». (Faut-il rappeler qu’une option n’est pas une spécialité?) Mais nous n’avons à ce jour pas d’information puisque les programmes sont en cours d’élaboration. Nous avons déjà vu qu’il était difficile de prendre au sérieux la communication ministérielle qui ment beaucoup quand elle daigne nous dire quelque chose. Donc, les mathématiques « expert » seraient une option réservée aux élèves de la spécialité « mathématiques » qui auraient ainsi 9 heures de mathématiques par semaine, 6 de spécialité et 3 d’option (mais en fait, on n’en sait toujours rien. L’option « mathématiques complémentaires » serait-elle destinée aux élèves des spécialités de Sciences Économiques et Sociales ou de Sciences et Vie et de la Terre ou de toute autre spécialité qui voudraient intégrer un cursus post-bac exigeant des mathématiques en attendus? Existera-t-il plusieurs enseignements des complémentaires en fonction des orientations des élèves ? Pourra t-on facilement proposer cette option dans les établissements? Sera t-elle en compétition avec d’autres options comme le latin ou avec d’autres disciplines (qui ont besoin d’heures pour du dédoublement de classes par exemple en langue.)? Pourra-t-on prendre cette option complémentaire sans avoir pris mathématiques en Première ? Eh bien personne ne sait. Certains IPR disent qu’il est impossible de prendre ces options si l’élève n’a pas fait de mathématiques pendant un an, ce qui est le bon sens, mais réserve alors les mathématiques en Terminale à ceux qui ont pris la spécialité math en première, dont on a dit qu’elle était plus dure que la S actuelle, avec moins d’heure de cours, mais le ministre semble dire l’inverse dans la vidéo déjà citée plus haut et sur le terrain, les enseignants essaient de suivre pour conseiller au mieux mais sans information ferme leurs élèves de seconde. Dans le dossier questions- réponses du baccalauréat il est précisé que « L’enseignement optionnel « mathématiques complémentaires » (3h hebdomadaires) sera proposé à tous les élèves n’ayant pas choisi « mathématiques » comme enseignement de spécialité en Terminale, et s’adresse en priorité aux élèves qui avaient choisi la spécialité « mathématiques » en classe de première. En particulier, les lycéens qui auront choisi les spécialités SVT, Physique/Chimie ou SES et Histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques par exemple, auront la possibilité de choisir l’enseignement optionnel « Mathématiques complémentaires » pour viser la consolidation de leurs connaissances et se préparer aux études supérieures. » Il faut donc être clair, pour prendre complémentaire afin de consolider « SES et Histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques par exemple », il faudra avoir suivi une année de mathématiques d’un niveau plus dur que l’actuelle classe de S avec moins d’heures de cours. La conséquence, c’est que nombre d’élèves s’inscriront en spé math sans avoir le niveau de la suivre, et le professeur de math devra faire un programme plus dur que l’actuel programme de S, en moins d’heure et dans des classes surchargées, la norme prévue étant un minimum de 35 élèves par classe, mais devant nombre d’élèves qui ne comprendront plus rien assez rapidement. Est-il utile de rappeler que bien souvent, les élèves trop faibles pour suivre une S en mathématiques se tournaient justement vers les ES ? Il est vrai que cela leur fermait quelques portes, mais on voit bien poindre les anciennes filières et le renforcement des mathématiques comme matière de sélection des « meilleurs élèves » Espérons que dans un proche lointain, les mathématiques ne connaissent pas le sort du latin-grec ou de l’allemand, autrefois matière de sélection des « meilleurs élèves».
Nous pouvons donc conclure notre première partie en complétant la formule du ministère : les mathématiques sont au cœur du cursus des meilleurs élèves.

Pour aller plus loin: Compte-rendu de l’APMEP

L’importance des mathématiques dans Parcoursup: https://educationenquestionblog.wordpress.com/2019/03/17/que-sont-les-maths-devenues-au-lycee-2/

 

cc

 

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4 réflexions sur “Que sont les maths devenues au lycée ? (1)

  1. Anne V. dit :

    J’enseigne les maths-stat en fac d’economie-gestion. Le programme de ES, sans trigonométrie ni nombres complexes mais avec les dérivées, les suites, les probas… était exactement ce qu’il fallait pour suivre ce genre d’études. Il est idiot d’obliger les jeunes intéressés par l’économie à faire un programme plus dur que celui de S !
    Mais il est tout aussi idiot de leur faire croire qu’on peut faire de l’économie SANS les maths. En effet dans un cours d’économie de licence, la dérivée logarithmique est un outil « standard » (par exemple)…
    Conséquence : les étudiants qui arriveront sans avoir vu les notions de base seront en fin de liste sur Parcoursup, et s’ils sont appelés ils se verront proposer un parcours « OUI SI » avec environ un an de mise à niveau en maths (ils vont adorer…).
    Bonne chance aux lycéens !

    J'aime

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