Parcoursup, l’université sans horizon

Un monde sans horizonParcoursup est le nouveau portail d’affectation des bacheliers en première année d’études supérieures en remplacement du récent système APB (Admission Post Bac). Issu de la loi ORE, (loi sur l’orientation et la réussite des étudiants), mis en place avant le vote de la loi, il réorganise complètement l’accès aux cursus post-baccalauréat. Les objectifs affichés par le gouvernement sont la réduction de l’échec en première année de licence grâce à une meilleure orientation des élèves. Pourtant, depuis sa mise en place, un important mouvement d’étudiants et de professeurs d’universités s’est vigoureusement opposé à sa mise en place : à en croire la manière dont les grands médias rendent compte du phénomène, le point qui concentrerait les mécontentements serait l’apparition indue d’une « sélection » à l’entrée de l’Université, supposée contraire à sa tradition. Qu’en est- il ?

Comment Parcoursup fonctionne-t-il ?

Le 14 juillet 2017, 87 000 étudiants étaient sans affectation. Ils étaient encore 3 000 à la veille de la rentrée. Catastrophe! Il fallait donc tout changer dans l’urgence, nous a-t-on dit. Bien : on allait construire des salles de classe supplémentaires, organiser une grande campagne de recrutement du personnel universitaire, bref augmenter enfin la capacité d’accueil de l’Université ! Pas du tout. On a décidé de modifier les règles de l’affectation des lycéens dans le supérieur. Hum…

De mon temps, le post-bac, c’était simple : je visais une école, j’envoyais directement mon dossier de candidature. J’en visais 4, j’envoyais 4 dossiers. Et si j’avais voulu aller à l’Université (ou si je n’avais été prise nulle part), j’y serais allée tranquillement début juillet, j’aurais payé mes petits droits d’inscription, et hop, c’était fait. Aujourd’hui, le processus d’orientation est devenu une espèce de machinerie bureaucratique presque totalement centralisée, chronophage et anxiogène. Le processus s’étale désormais – sans rire – de la troisième à la terminale. L’année de terminale est désormais rythmée, entièrement rythmée par le problème de l’orientation : le rythme pédagogique, vous oubliez.

Entre le 22 janvier et fin mars, les élèves de terminale ont saisi jusqu’à dix vœux (et jusqu’à 20 sous- vœux) non hiérarchisés par choix de préférence. Pour chaque vœu, l’élève a formulé un projet de formation motivé (la lettre de motivation), complété par un CV et des pièces éventuelles pouvant renforcer le dossier, comme un BAFA (Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur) ou un diplôme de secouriste pour l’entrée en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), les bulletins de 1ère et de terminale et la fiche Avenir renseignée par les professeurs. Les commentaires des enseignants sont transformés en valeur chiffrée. Les établissements du supérieur ont reçu les demandes début avril et doivent fournir les premières affectations le 22 mai. 810 957 candidats ont formulé 6,3 millions de vœux, donc de dossiers, dont 2 014 925 pour les inscriptions en licence universitaire. [1] Pour chaque département, des commissions se sont réunies, et ont dû classer toutes les candidatures reçues. Deux millions de candidatures ont dû être soigneusement classées et ordonnées, sans possibilité de mettre des ex-aequo ! Car les commissions, précisons cette petite touche de perversité, ne connaissent pas l’ordre de préférence de ces vœux : le département de sociologie ne sait pas si votre enfant veut vraiment aller en sociologie (choix 1) ou si c’est la dernière idée saugrenue qui lui est passée par la tête (choix 10). Les élèves ont hiérarchisé leurs vœux…mais les commissions ne connaissent pas cette hiérarchie, et n’ont aucun moyen de la deviner ! En fait, c’est simple : ce que votre enfant veut réellement faire l’année prochaine n’intervient nulle part dans la sélection : on s’en moque. Comme ça, c’est beaucoup plus simple. Donc il faut tout classer. Comme aucun humain n’est capable de classer en quelques semaines 2 millions de dossiers, les commissions doivent utiliser des algorithmes, c’est-à-dire des procédures de classement automatisées. Et chaque commission choisit ses propres règles algorithmiques : la règle A du département d’histoire classe votre enfant 52e, la règle B du département de psychologie, 1052e. Mais vous ne saurez jamais pourquoi, parce que vous ne savez pas que l’un emploie la règle A, et l’autre la règle B : ils n’ont pas à publier leurs algorithmes. Quand bien même ils le feraient, je vous souhaite bon courage pour en tenir compte quand vous devrez aider vos enfants à choisir leur orientation.

Maintenant, les commissions doivent envoyer leurs premières réponses le 22 mai. Du 22 mai au 5 septembre inclus, soit pendant près de 4 mois (!), les élèves vont recevoir les propositions d’admission, lorsqu’ils en ont, sur leur smartphone, via l’application Parcoursup et/ ou sur leur messagerie personnelle et sur celle du dossier Parcoursup. L’élève a alors 7 jours pour accepter ou refuser les propositions d’affectation proposées du 22 mai au 29 juin ; puis 3 jours pour celles proposées du 29 juin au 1er septembre, puis 1 jour entre le 2 et le 3 septembre pour les dernières propositions. Bref, les vacances, vous oubliez : votre enfant doit être connecté, avoir un smartphone, et vérifier tous les jours (au mieux, tous les deux jours) s’il n’a pas reçu du Ciel enfin une réponse positive.  Une sorte de supplice chinois égrainé tout au long de l’été pour les derniers affectés.

C’est cette machinerie, qui mobilise tour à tour professeurs, enfants, parents, professeurs universitaires, et tout le personnel administratif, et cela de janvier à septembre, dans un processus de tri des plus arbitraires, que l’on appelle pompeusement « sélection » aujourd’hui, en France. Et ce « système obsessionnel délirant » pour « l’orientation», il y en a pour le trouver tout à fait raisonnable, juste et efficace.

Pourquoi sélectionner ?

Sélection sans visageIl faut bien que quelque chose justifie cette chaudière : je ne peux pas croire que tout le monde – enfants, parents, professeurs, administratifs – acceptent une telle surchauffe en vain. Que promet-on ? La « sélection des meilleurs ». On croit rêver. Sur Parcoursup, 54% des vœux se sont portés sur les filières dites sélectives (IUT- BTS- CPGE), 32% sur les licences universitaires et 14% sur d’autres filières non précisées. Si demain, on imposait un numerus clausus à l’université aussi, où iraient les bacheliers acceptés nulle part ? Travailler à Mc Do ? Non, puisqu’il ne s’agit pas d’empêcher les jeunes bacheliers d’entrer à l’université selon la ministre qui dit que tout le monde, au final, aura une solution en septembre.

De l’autre côté, certains adversaires de la réforme prétendent que le problème, c’est le fait même de sélectionner : l’université serait une filière non-sélective. Ah bon?

D’abord, sélectionner, c’est absolument vital, parce que c’est choisir d’un côté la partie qui s’ajuste au mieux avec un tout, et le tout qui s’ajuste le mieux à une partie. Tous les jours, nous sélectionnons : quand ma voiture est en panne, je cherche un mécanicien, pas un boucher ! Et évidemment, un mécanicien qui connaisse le modèle de ma voiture. Si je ne sélectionnais pas ce qui s’ajuste au mieux à mon besoin, je n’irais pas loin. Pour les universités, cela se traduit par l’idée qu’idéalement, ce n’est pas un hasard aveugle qui distribue les jeunes étudiants dans les différentes formations du supérieur, mais un choix intelligent, une sélection.

Le problème n’est donc pas la « sélection », mais la manière dont elle est effectuée par Parcoursup. Il y a différentes façons de « sélectionner » : un examen, un concours sur table, une étude de dossiers, un entretien… Ce peut être l’élève qui sélectionne l’école, l’école qui sélectionne l’élève, un organisme public ou privé qui procéderait à la manière d’un institut de recrutement. Et on peut imaginer des tas de critères de tri : le goût de chacun, le niveau actuel, les espérances, le salaire parental, la couleur des cheveux. Bref, la question n’est pas de savoir s’il y a ou non une sélection, mais si la sélection est intelligente et juste, ou stupide et injuste. Contrairement à ce que je lis partout, jusqu’à présent, il y avait bien une « sélection » à l’entrée de l’université, et le pivot en était le « bac ». Le baccalauréat était le premier diplôme universitaire, l’avoir signifiait qu’on avait les connaissances requises pour suivre un parcours universitaire, quel qu’il soit. L’université n’était donc pas ouverte à tous : elle était ouverte aux bacheliers, et à tous les bacheliers. C’est une sélection par examen d’entrée, sans considération de places disponibles. Pour certaines disciplines, il y avait de mon temps une sélection plus poussée, comme pour STAPS, parce que c’était une filière, comme on dit, en « tension ». Les élèves devaient passer un véritable examen d’entrée. Après le bac, l’élève aussi sélectionnait : il sélectionnait lui-même la faculté qui correspondait à ses aspirations, ou son projet professionnel, ou son calcul d’intérêt, que sais-je encore : c’était ses propres critères de sélection. A lui ensuite de démontrer qu’il était à la hauteur en réussissant ses partiels. D’autres pouvaient viser d’emblée des filières plus sélectives que l’université, comme les classes préparatoires, mais tout le monde avait au moins la garantie de pouvoir faire des études supérieures, pour autant qu’il pouvait se les payer et réussir ses partiels. Dans l’ensemble, ce mode de sélection par l’examen et le choix personnel garantissaient – ou aurait dû le faire – un niveau de formation de base à l’entrée à l’université, et un bon ajustement de la formation à ses motivations personnelles, bonnes ou mauvaises. Et personne n’est plus capable qu’un enfant de juger ce qu’il veut faire : notre rôle de parent ou de professeur se limitait et devrait se limiter à l’aider à avoir un choix intelligent qu’il ne regrettera pas amèrement dix plus tard.

Que signifie aujourd’hui le baccalauréat ?

Mais le problème, c’est que le bac ne signifie plus rien, et ce ne sont pas les « réformes » du lycée, ou devrait-on dire la lente mais certaine destruction du lycée public, qui vont améliorer la situation. C’est un problème en effet bien connu des correcteurs du baccalauréat que l’immense majorité des copies est insipide, donc très difficile à ordonner. Pour cette raison, la notation en philosophie par exemple a l’apparence d’une loterie : l’élève ne comprend pas pourquoi il a 05 ou 15. Seules les copies à 18 ou 02 sont à peu près certaines (et encore)  et peuvent faire l’unanimité. Cette difficulté à noter les élèves tient à la médiocrité des copies : il est impossible de les évaluer selon les critères de la discipline, car ils auraient tous entre 00 et 08, à quelques exceptions près.

Or, au lieu de restaurer la valeur de la formation du lycée, au lieu de faire à nouveau du baccalauréat un examen significatif, on le réduit à rien, sans même cacher que le but à terme est de le supprimer. On le remplace par de l’évaluation continue : le bachotage qui fleurissait quelques jours avant le bac se généralise en Première et Terminale. Plus besoin de revoir en juin ce qu’on a fait en septembre : on peut l’oublier, d’ailleurs c’est déjà fait sitôt le devoir passé. Et finalement, le dossier scolaire ne garantit même pas que les enfants sachent quoi que ce soit en fin d’année, mais uniquement qu’ils ont été bien sages et très sérieux. En fait, la sélection par l’examen est remplacée par la sélection par « dossier ».

Or une sélection par épreuve d’entrée (ce qu’est, en fait, le bac) résout des problèmes simples. Il est bien connu que tous les « 15 » n’ont pas la même valeur selon l’établissement qui le délivre. C’est absolument logique puisque la notation d’établissement n’a pas pour vocation de faire des statistiques nationales, mais d’aider la progression de l’élève. L’évaluation nationale, en revanche, est assurée par une épreuve nationale. Là, l’élève montre sa valeur réelle, quand l’épreuve est bien faite et bien évaluée. Dans le système actuel, où le bac disparaît ou ne demeure que comme évaluation interne au lycée, donc incapable de fournir un indice fiable à un éventuel recruteur, ce problème ne peut être résolu qu’en pondérant le 15, note accordée à l’élève par son propre professeur,  par un indice de « réputation » des établissements.  Au lieu que Pierre et Paul  soient confrontés à une même épreuve finale où chacun démontrera ses qualités, ils n’auront plus l’occasion de faire leurs preuves : Paul étant dans un lycée à bonne réputation sera sélectionné, Pierre venant d’un lycée à mauvaise réputation sera refusé. Ainsi, alors que beaucoup de professeurs se moquent des étudiants qui craindraient la « sélection » parce qu’ils refuseraient de devoir enfin  affronter la faiblesse de leur niveau, c’est au contraire la réforme actuelle qui rend impossible à chacun de se confronter à la réalité : il n’est confronté qu’à la réputation de son établissement.

Parcoursup : la sélection en eaux troubles

MéandresMais, nous dit-on, grâce à Parcoursup, les professeurs du supérieur ont désormais à disposition toute une batterie d’outils d’évaluation : dossiers scolaires, fiches avenirs, lettre de motivation, CV, attendus universitaires, j’imagine bientôt prélèvement ADN, test QI, QE, QP et QR… pour sélectionner les « meilleurs » élèves dans chaque formation. C’est le syndrome de la chaussure de Cendrillon ou du délire managérial actuel : nous sommes tous faits pour entrer dans une petite case, il suffit juste de la trouver ! « Méritocratie », dit-on. Cela devient difficile de faire la différence entre partisans du mérite (ce que je suis, somme toute) et prophètes d’un darwinisme social grossier.  Sélectionnons les « meilleurs » certes, mais les meilleurs en quoi ? Le meilleur des voleurs n’est pas mon ami. Et je constate qu’il manque à cette batterie le seul outil d’évaluation qui ait la moindre valeur, c’est-à-dire l’épreuve directe et nationale où l’élève est mis devant le fait de devoir démontrer sa valeur. Le dossier n’a qu’une valeur indirecte : les évaluations sont faites de notes et de commentaires qui sont d’abord des outils pédagogiques du professeur, pas des outils de sélection. Les notes ne valent presque rien au niveau national, et ne sont pas faites pour ça. Les lettres de motivations (une par vœu, tout-de-même, ce qui signifie que le lycéen doit aussi écrire une « lettre de motivation pour ses derniers choix » c’est-à-dire en fait mentir) sont rédigées par les parents qui n’ont que ça à faire, c’est bien connu,  ou par des officines privées qui facturent le service 500 euros. Les universitaires n’étant pas tout à fait idiots n’ont donc souvent pas tenu compte de ces lettres. Le CV ? Même problème, impossible de vérifier l’exactitude des informations facilement falsifiables, donc peu pris en compte.

Donc, aucune des informations dont disposent les commissions ne sont fiables. Elles doivent alors les pondérer d’indices statistiques de fiabilité. Ce n’est pas votre enfant qui sera sélectionné, mais l’établissement « statistiquement fiable ». Si votre enfant est dans le mauvais établissement (et statistiquement, il y a plus de « mauvais » établissements que de « bons »), votre enfant n’a aucune chance. Sa sélection ne dépend pas de sa valeur, ni de son travail, mais de la réputation de son école. Ainsi, le premier nigaud qui a la chance de vivre dans le quartier de rattachement d’un établissement « prestigieux » a plus de chance d’être pris que le brillant élève laborieux d’un établissement de REP + de province.  Ce que l’on appelle en France la « sélection des meilleurs », c’est simplement un système où le tri est fait sur la base du prix au mètre-carré!

Le marais du classement des dossiers

On l’a vu, le système est absurde, mais cela n’étant pas suffisant, il fallait en plus le rendre bête et méchant.

Il a déjà été signifié dans plusieurs universités que la sélection se ferait par un personnel extérieur au personnel universitaire. Dès cette année, certains étudiants auront été recrutés par un personnel qui n’est même pas un personnel enseignant. C’est le cas à la Faculté de sociologie de Bordeaux. Qui peut croire qu’une telle sélection sera plus juste et permettra de choisir « les meilleurs » ? Si on demande à une agence de recrutement d’évaluer des copies de philosophie, croit-on sérieusement qu’ils le feront mieux que des professeurs de philosophie ? Le meilleur juge d’une discipline, c’est le spécialiste de cette discipline. C’est l’idée derrière les concours de recrutement dans l’Éducation nationale, idée battue en brèche aujourd’hui avec la baisse constante des agrégés et certifiés dans les établissements. Qui peut croire qu’un homme recruté par un proviseur ou une agence de recrutement sera meilleur professeur qu’un autre recruté par un collège de spécialistes de la discipline ? Il n’y a pas de spécificité particulière à l’enseignement : ce mode de recrutement devrait être général. Les chaudronniers devraient être recrutés par des chaudronniers. Et c’est ce qui se passe ! Un pilote reçoit l’autorisation de piloter…par un pilote ! Ce n’est pas le responsable des ressources humaines d’Air France qui décide qu’un tel sait ou non piloter !

Par extension, de même qu’un collège d’hommes de métiers est le plus apte à recruter ses membres, de même il est le plus apte à évaluer les jeunes élèves qui, souhaitent se former au métier. Dès lors que des intervenants extérieurs décident qui ira ou n’ira pas en fac de sociologie, le niveau ne peut que baisser, et la sociologie ne peut qu’être instrumentalisée par ces recruteurs extérieurs ou ceux pour qui ils travaillent.

De plus, les commissions de recrutement doivent classer les dossiers, dossiers globalement homogènes quand ils ne sont pas identiques. Comment classer 3000 dossiers du « meilleur » au moins « bon » sur la seule base de critères non fiables, de la réputation d’un établissement et du classement de l’élève dans la classe dans la mesure où il ne peut pas y avoir d’ex-aequo ? Les universités sont libres d’ajouter les critères qu’elles souhaitent et qui ne sont évidemment pas connus des postulants. Un article récent du Monde[2] nous apprend que le ministère a dans l’urgence proposé un logiciel pour effectuer ces classements impossibles en choisissant arbitrairement un critère, comme la note obtenue au bac français. Quel manque d’anticipation de problèmes prévisibles à l’heure où il est demandé aux adolescents français d’anticiper leur avenir dès l’âge de 15 ans ! Dans les faits, il est parfaitement clair que  la « sélection » est faite selon des critères opaques, arbitraires et dans l’urgence.  En fait, l’arbitraire de l’évaluation du bac de philosophie a été généralisé et exporté vers la sélection post-bac. Sous couvert de vouloir échapper au tirage au sort, la « sélection », comme le souligne un professeur qui préfère garder l’anonymat dans ce même article du Monde,  s’apparente désormais à de la loterie.

Suprématie des mathématiques

maths-et-physiquesLes universités ont présenté dans chaque formation ce qu’elles attendaient des élèves. On constate que globalement, elles recherchent de bons élèves de S. Pourquoi ? Parce que les bons élèves de S sont ceux qui réussissent le mieux partout.  Ainsi,  en licence de psychologie à l’université Paris Descartes, les  élèves de S représentent moins de 20% des inscrits mais plus de 70% de ceux qui réussissent la licence ! Le résultat pratique est qu’un bon niveau de mathématiques est désormais requis pour entrer dans cette licence ! De même, les S sont ceux qui ont les meilleurs résultats en « Économie », « Droit », « Sciences sociales », « Sciences pour la Santé » et en « STAPS ». On voit mal l’Université Descartes se priver de ses « matheux niveau S » et on comprend mieux pourquoi on n’a pas accès à la valeur accordée aux critères du dossier par les universités! Des maths spé pour faire du Droit, voilà qui va sembler curieux aux familles.  Avis aux professeurs de mathématiques de lycée qui espéraient n’enseigner qu’aux futurs « scientifiques » et ingénieurs leur discipline en 1ères et Tles. Maths spé sera tout autant prisé que feu la filière S pour les mêmes raisons d’orientation qu’hier. Les élèves reconstitueront sans doute tout seuls l’ancien baccalauréat S. Et les nouveaux OVNI littéraires (Humanité, littérature, philosophie ; Histoire-Géographie, géopolitiques et sciences politiques)   seront délaissés comme aujourd’hui la filière L. Rien ne change sur le fond, tout devient opaque sur la forme et totalement arbitraire dans la sélection. Un vrai progrès.

Une  procédure très longue

Mais, de même que les élèves de Terminale s’engagent dans un long parcours du combattant, les cursus du supérieur ne sont pas non plus au bout de leur peine. Parcoursup, on l’a vu, est un système complexe. Les commissions distribuent des « oui » et des « non » aux élèves (et d’hypothétiques « oui mais » qui nécessitent des accompagnements non financés donc peu probables). Donc, le 22 mai prochain, les futurs bacheliers vont recevoir les premiers « oui » et « non » et devront choisir. Les élèves aux très bons dossiers auront probablement 10 « oui » et donc l’embarras du choix. Mais ils prennent 9 places qu’ils vont décliner, entraînant  au premier tour de nombreux « non » chez des élèves moins bons, qui devront attendre le second tour ou accepter le premier « oui » venu pour assurer leurs arrières. Il faut se souvenir que les universités n’ont pas accès à la préférence des élèves: les enfants ont simplement rempli 10 vœux : socio, audiovisuel, chinois… herboristerie, mais personne ne sait ce que l’enfant veut vraiment faire ! Si ma fille a un dossier moyen, qu’elle veut aller en audiovisuel, mais qu’elle craint fort de ne pas être sélectionnée, elle va évidemment sélectionner l’un des premiers « oui » qui se présentera, par crainte de n’être affectée nulle part à la rentrée. Et là voilà en herboristerie, elle qui ne fait pas la différence entre le thym et le romarin et qui n’a jamais fait pousser une tomate cerise de sa vie ! Mais côté Université, ce n’est pas mieux. Disons que la faculté de sociologie qui a 100 places va répondre 100 « oui » aux  100 « meilleurs dossiers ». Comme ce sont les « meilleurs dossiers », ces élèves vont recevoir 10 oui, et comme l’université reste ce qu’elle est, un système sous financé à l’agonie, à peu près aucun des « 100 meilleurs dossiers » ne va choisir la faculté de sociologie mais plutôt les classes préparatoires, les IUT, les filières universitaires dites prestigieuses.  Et rebelote, au fur et à mesure que l’UFR (Unité de Formation et de Recherche) reçoit les désistements des dossiers qu’elle avait sélectionnés,  elle commence à envoyer des « oui » aux moins bons dossiers, et ainsi de suite. Au final, elle n’aura aucun des élèves qu’elle avait sélectionnés au départ. La sélection du « meilleur dossier » est en fait une illusion complète pour les universités. Non seulement les facs n’auront pas les élèves qu’elles voulaient, mais les élèves ne seront globalement pas non plus dans les filières qu’ils voulaient … à la seule exception des « meilleurs dossiers » et des « meilleures écoles ». Car tous les élèves bacheliers qui en font la demande iront à l’université, ils seront simplement là où il restera de la place en septembre. Quelle est la personne sadique qui a imaginé une telle usine à gaz ? Pour bien comprendre ce système de sélection délirant, je vous conseille également la lecture de cet article, Parcoursup : les licences « en attente » de Yann Bisiou.[3]

Construire son parcours

Construire son parcoursPrésentation de soi et  management.

Nous ne sommes pas en train d’inciter nos enfants à produire de la qualité, à savoir vraiment ce qu’ils prétendent savoir, mais uniquement à soigner leur dossier, à bien maquiller leur apparence, leur profil. Les élèves sont donc amenés dès la fin du collège à choisir les disciplines qui progressivement leur ouvriront ou fermeront les portes des cursus post-baccalauréat. Il est ainsi demandé en fait aux élèves de choisir des disciplines en  seconde, première et terminale, non plus en fonction de leurs talents et de leurs envies  mais en fonction de la stratégie la mieux adaptée à l’intégration de la filière souhaitée plusieurs années plus tard: il ne s’agit plus d’apprendre  mais de faire les bons choix pour satisfaire les algorithmes des commissions de recrutement qui sont, nous l’avons déjà vu, pour partie inconnus des élèves. Les familles et leurs enfants ne seront donc plus concentrés sur les études et les apprentissages mais sur la recherche d’informations pour savoir s’il est préférable de choisir telle ou telle matière pour augmenter ses chances d’être repéré par l’algorithme. Recherche d’informations qui commence dès la seconde et réclame du temps, pris sur les heures de classe pour visiter des entreprises, aller dans des forums, rencontrer des chefs d’entreprise… Or, on peut très bien aimer les mathématiques tout en se rêvant metteur en scène de théâtre. Faudra- t-il alors renoncer à l’étude des mathématiques au lycée pour supporter des disciplines dites littéraires (Humanité, littérature, philosophie ; Histoire-géographie, géopolitiques et sciences politiques)  qui n’ont de toute façon pas grand-chose à voir non plus  avec la mise en scène mais qui, sur le papier du moins ouvrent les  portes de l’université de Lettres parce qu’elles « sonnent littéraires »? De même, on peut souhaiter  passer un baccalauréat général par curiosité intellectuelle ou tradition familiale alors même que l’on passe son « galop 7 » dans la perspective du monitorat d’équitation pour devenir professeur et pourquoi pas, posséder un jour son propre centre équestre. L’un n’exclut pas l’autre.  Or, si le choix des  disciplines étudiées n’est plus gouverné par le plaisir que l’on a à les étudier, mais par la nécessité de pouvoir avantager son CV et son dossier scolaire pour Parcoursup, il est fort à parier que la motivation des élèves s’amenuisera parallèlement à la hausse du bachotage. Ce que nos enfants apprennent ici c’est à mettre en valeur un parcours, pas à étudier pour apprendre. L’élève se retrouve alors dans la même position que le demandeur d’emploi face à un recruteur : il lui faut embellir la réalité, inventer des « cohérences » de parcours, effacer ou masquer des éléments contraires… bref, s’adapter à des exigences managériales, s’adapter au monde existant à l’âge où l’on doit surtout penser à analyser le monde. Dés  quinze ans, nos enfants sont priés de devenir « entrepreneurs d’eux-mêmes », de se projeter vers des métiers, qui selon les spécialistes n’existent même pas encore ou n’existeront plus quand ils auront fini leurs études et de rendre leur profil  « séduisant » pour plaire à des commissions et à un logiciel. Et tout cela pour finir ignorants et  vraisemblablement au chômage ou sur des emplois précaires puisque telle est la situation économique de notre pays : un chômage élevé et une offre pléthorique d’emplois précaires! Pour les parents, cela veut dire : élaborer des stratégies pour optimiser les dossiers et convaincre leurs adolescents de suivre leurs conseils, ce qui n’est pas toujours une mince affaire.  C’est autant d’épuisement et de conflits en perspective, donc de création de marchés pour les officines privées spécialisées dans l’orientation. Et surtout, c’est encore une fois ne pas mettre les enfants devant leur réalité et paradoxalement, une manière de les infantiliser, par la « sous-traitance » de la fabrique du meilleur dossier possible. C’est surtout avantager les élèves dont les familles peuvent farder les dossiers, les rendre désirables: on fabrique des communicants, pas des étudiants.

L’éducation à l’hypocrisie.

Ainsi, les disciplines sont désormais instrumentalisées au service de l’orientation au lieu de servir la formation intellectuelle de nos enfants. Non seulement chaque note compte mais le seul objectif est d’avoir une bonne note pour ne pas hypothéquer son entrée à l’université. Prenons l’exemple suivant. Je suis entraîneur de gymnastique et je décide de travailler avec les jeunes gymnastes le salto (une galipette dans les airs). Chaque élève qui s’écrasera au sol (incident fréquent lorsque l’on apprend à faire des galipettes arrières en l’air) recevra une baffe. Combien oseront s’élancer ? Il est impossible de s’entraîner sous injection de réussite immédiate, c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a  beaucoup d’entraînements et peu de compétitions. Mais si chaque note compte, si vous voulez obtenir une place en Spécialité Mathématiques, pas question de se planter sur le produit scalaire en seconde ! De plus, si vous voulez être bien classé dans Parcoursup, commencez par bien vous classer dans la classe ! Voici la théorie de la lutte de tous contre tous envahissant le lycée. Dans le même temps, on aura à cœur d’évaluer les capacités de nos enfants à travailler en groupe et on n’aura pas suffisamment de mots touchants pour défendre la coopération entre élèves, belle hypocrisie. Le lycée devient donc un lieu de pression et de compétition continues, non pas au service des savoirs, mais au service de Parcoursup ! Cette façon d’envisager la scolarité améliora-t-elle la compréhension des notions étudiées ? Il est évident que non puisque seule la note compte, pas la compréhension. On en arrivera donc à donner des « trucs » ou des « recettes » aux élèves pour les voir réussir des exercices calibrés pour la réussite du plus grand nombre, voire de tous. Mais peu importe de savoir calculer un périmètre si on ne comprend pas ce qu’est le périmètre. En  philosophie, les élèves sont ainsi moins disposés à réfléchir qu’à bachoter des plans et des dissertations pour tenter d’obtenir la moyenne ou la mention. Et on les comprend dans le contexte actuel puisque chaque mauvaise note joue contre leur orientation. Sommes-nous bien sérieux ? Le professeur n’est plus que l’ennemi potentiel capable de ruiner l’avenir de l’élève déterminé par son profil Parcoursup. Croit-on que l’enseignement en sera apaisé ? Ne voit-on pas toutes les tensions qui vont se créer en salle de classe ? Et que reste-t-il d’humain et de scolaire dans le lycée de Monsieur Blanquer ? En quoi ces manières vont- elles améliorer le niveau des élèves ?

On commence ici à avoir une idée parfaitement claire du « meilleur élève » : un enfant issu de la bourgeoisie, peu curieux mais capable d’ingurgiter des procédures, des protocoles, des données toutes faites dans n’importe quelle discipline, avec un niveau homogène et ayant choisi les mathématiques comme spécialité. Ses parents ont une très bonne connaissance des pratiques de sélection, des réputations d’établissement et un excellent réseau pour gonfler artificiellement CV et lettres de motivation. Que voilà un modèle de sélection juste, efficace et méritocratique.

Sélection et niveau réel des élèves

évaluationOr chacun le sait, le niveau des « meilleurs » n’est pas terrible. Par exemple, Marc Renner, président de la CDEFI (conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) expliquait à la journaliste Pauline Bluteau qu’avec «  la réforme du lycée de 2010, le socle scientifique [avait]  perdu en épaisseur même pour les meilleurs bacheliers, ce qui [conduisait] à des redoublements en école d’ingénieurs.»[4] Étonnamment, certains espèrent malgré tout que le nouveau système de sélection pourra provoquer comme effet (miraculeux) une amélioration du « niveau scolaire ». J’estime que ces espoirs sont totalement vains, et même irrationnels. D’abord, cette réforme de la sélection se fait dans un contexte global de « réforme » du lycée qui équivaut plutôt à un coup de grâce. (Voir mes précédents articles : Faut-il réformer le baccalauréat[5],  Le colloquio, cet oral que nous envions aux Italiens[6]  ou encore La certification en anglais pour tous[7]. )

Or, si ce mode de sélection fait largement empirer la situation, en détériorant encore les conditions d’apprentissage déjà précaires au lycée, par l’instrumentalisation des disciplines au seul bénéfice de la sélection, l’université ne peut que connaître une aggravation de sa situation. Car, si l’Université est une filière peu recherchée en elle-même, c’est parce qu’elle manque notoirement de moyens. Or, ça empire. La qualité de l’enseignement n’a  donc aucune chance de s’améliorer, et ce d’autant moins qu’on prend ouvertement les enseignants-chercheurs pour des crétins en leur pondant un référentiel- métier qui détruit le métier.[8]  Je ne suis pas sûre que les « meilleurs élèves » courent désormais à la fac, mais j’ai comme l’impression que les meilleurs professeurs vont la déserter. On y découvre notamment, dans ce référentiel, que l’accomplissement des missions des enseignants-chercheurs relève davantage du management que de l’enseignement et de la recherche. Quand on lit, dans ce document, fusse-t-il de travail, que « le rôle des enseignants-chercheurs va bien au-delà de la transmission des connaissances. Leur rôle est aujourd’hui également de guider les étudiants dans la sélection et la hiérarchisation des informations disponibles, afin d’élaborer une connaissance fondée sur l’esprit critique et la démarche scientifique » on est désemparé! Les enseignants-chercheurs en bergers du troupeau, il fallait oser. J’ai abandonné la lecture à « agir de manière éthique et responsable ». Y a t-il jamais eu un responsable des ressources humaines pour demander à Georges Duby d’agir de manière éthique et responsable ? Sérieusement !

De plus, alors que les bacheliers ne cessent de devenir de plus en plus nombreux, le nombre des professeurs est en baisse. Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (sic) nous apprend sur son site que « à la rentrée 2018, marquée par le boom démographique de l’an 2000, le nombre total d’étudiants devrait encore s’accroître de 65 000. En particulier, les flux d’entrée en première année dans les quatre principales filières (université y compris instituts universitaires de technologie, sections de techniciens supérieurs et classes préparatoires aux grandes écoles), devraient augmenter de 28 000 environ. »[9] Or, dans le même temps, « entre 2010 et 2018, le nombre de postes d’enseignants-chercheurs ouverts au concours a ainsi été réduit de 45 %. En 2016, quelque 70 000 enseignants titulaires dans l’enseignement supérieur français, et 30 000 non titulaires étaient recensés[10]. Soit exactement le même nombre qu’il y a cinq ans »[11] peut- on lire sur le blog Vivement l’école. Et dans le budget 2017, l’Enseignement supérieur et la Recherche perdent  331 millions d’euros par rapport à l’année précédente. Les professeurs de licence s’alarment du niveau de leurs étudiants[12]  mais pour que le niveau moyen monte, il faut que l’Université incite les élèves à ne pas aller en classe préparatoire, en école, en IUT ou en BTS, pour les récupérer. Comment attirer les bons élèves dans un environnement d’enseignement dégradé ? Les bons élèves continueront donc à réclamer les filières les plus sélectives et ce sont donc globalement les mêmes élèves qui se trouveront à l’université demain comme hier, mais plus dans la filière de leur choix. Pour ces filières, ça promet.

Et l’Université dans tout ça ?

PagayerEn réalité, nous sommes en train d’exporter les problèmes du lycée à l’université : c’est la même diminution des exigences, parce que tout dans l’institution scolaire fait comprendre à l’enfant, et maintenant à l’étudiant, que dans le fond, les connaissances, tout le monde s’en moque. Étudier la littérature, les mathématiques, les matériaux, l’histoire… pourquoi faire ? Le seul problème véritable, c’est que les trains arrivent à l’heure, que Renault vende ses voitures et que je comprenne le taux de remboursement de mon prêt bancaire. Faut que ça tourne, faut que ça saute, faut remettre les Français au travail et plutôt fissa. Alors on apprend des procédures, et en deux temps trois mouvements, c’est bouclé. Pire, l’université devient elle-même un lycée-bis. Les enseignements au lycée restent des fondamentaux. Alors on comprend bien le mélange de leçons et d’exercices pratiques : l’enfant doit surtout apprendre des éléments, il doit maîtriser des principes. Mais l’université, ce devrait être un autre niveau de réflexion. A l’université, on assiste au cours d’un professeur, on doit le voir former et développer sa pensée, il n’est pas remplaçable par le premier venu. Idéalement, un cours universitaire mérite d’être publié. Pourquoi achète-t-on les cours de Sergueï Eisenstein, de Richard Feynman, de Michel Villey, de Martin Heidegger ou de Gilles Deleuze ? La « philosophie » d’Aristote ? Ce sont ses cours, rien d’autre. Quand John Ruskin fait ses cours d’histoire de l’art à Oxford, c’est toute la jeunesse anglaise fortunée qui y puise un nouvel idéal, un nouvel humanisme qui modifie toute la vision de ses relations avec les territoires conquis  de l’Empire britannique. Ruskin n’organisait pas des TD, il ne faisait pas faire à ses étudiants des fiches de révision pour les partiels, il ne définissait pas des attendus, ne s’aidait pas d’une calculatrice pour juger de la valeur d’un étudiant, il ne « guidait pas les étudiants dans la sélection et la hiérarchisation des informations disponibles », parce qu’à l’université, l’enseignement doit prendre de l’ampleur et des risques. Il s’agit aussi de penser le monde tel qu’il n’est pas, ou pas encore, et non pas simplement d’apprendre à des fourmis ouvrières de l’intellect à bien appliquer des protocoles établis. Ceux qui se réjouissent de la tournure actuelle des choses, en imaginant que l’université est enfin « plus exigeante » se paient d’illusions : l’avenir de l’université, ce sont les petits groupes de TD sans audace ni profondeur. Ma fille s’ennuyait au primaire, elle s’ennuie au collège, elle s’ennuiera au lycée. Et je découvre maintenant qu’elle s’ennuiera aussi à l’université ! Mais quand la connaissance respirera-t-elle du souffle d’un idéal ? Quand la connaissance lui ouvrira-t-elle enfin les clés du décor ? Où doit- elle aller étudier pour enfin saisir ce qui se cache derrière les lieux communs, les éléments de langage et les poncifs de son époque ? A l’université devenue lieu de « formation continue » pour gentils automates du monde d’aujourd’hui, de ce monde sans saveur ni horizon ?

Il existe enfin une dernière objection à ces orientations précoces organisées autour du projet professionnel de l’élève sur des critères managériaux absurdes. Combien sont-ils, ces « bons élèves » à choisir les « bonnes filières » qui vont leur garantir le « bon revenu » pour être bien classé dans l’échelle sociale ? C’est à la fin de ses études d’ingénieur que la fille de ma voisine comprit qu’elle ne voulait surtout pas être ingénieur. C’est à la fin de ses études de pharmacie qu’un jeune homme dans mon entourage a expliqué à ses parents qu’il ne serait pas « épicier du médicament ». C’est en troisième année de médecine que l’ancienne élève d’un ami professeur a quitté sa  fac pour partir étudier l’histoire des premiers Chrétiens. A quoi bon alors mettre une pression imbécile sur des épaules d’élèves de 15 ans dans le choix des bonnes disciplines et des certifications et des engagements associatifs afin de montrer patte blanche dans une filière qu’ils quitteront peut-être avant la fin ? Il y a trente ans, une jeune bachelière de mon entourage est partie, après un bac C, en classe préparatoire littéraire. Elle voulait être médecin, mais avant de s’engager dans ses études « professionnelles », elle souhaitait parfaire son instruction littéraire et développer des qualités humaines pour devenir un praticien plus humain. N’est-ce pas cela que nous devrions plutôt développer chez nos enfants ? L’envie d’être un homme de bien plutôt qu’un malin sachant naviguer en eaux troubles ?

[1] http://www.vie-publique.fr/focus/parcoursup-premiers-chiffres.html

[2] http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/05/07/parcoursup-comment-s-opere-le-tri-des-dossiers-des-candidats-en-fac-de-droit_5295233_4401467.html

[3] http://lesupenmaintenance.blogspot.fr/2018/05/parcoursup-les-licences-en-attente.html

[4] https://www.orientation-education.com/article/les-ecoles-d-ingenieurs-s-adaptent-a-la-realite

[5] https://educationenquestionblog.wordpress.com/2018/01/14/faut-il-reformer-le-baccalaureat/

[6] https://educationenquestionblog.wordpress.com/2018/02/13/le-colloquio-cet-oral-que-nous-envions-aux-italiens/

[7] https://educationenquestionblog.wordpress.com/2018/03/30/la-certification-en-anglais-pour-tous/

[8] http://www.groupejeanpierrevernant.info/DepossessionUniversitaires.pdf

[9] http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid24683/l-enseignement-superieur-en-chiffres.html

[10] Chiffres issu des bilans sociaux de l’enseignement supérieur.

[11] http://demain-lecole.over-blog.com/2018/04/reforme-de-l-universite-toujours-plus-d-etudiants-toujours-moins-d-enseignants.html

[12] http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/02/06/le-niveau-en-licence-un-debat-sensible_5252507_4401467.html

cc

 

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