Pour une école qui instruise!

Dans le cadre de la seconde rencontre nationale du Manifeste pour la reconquête d’une école qui instruise, l’AFPEAH (Association pour un enseignement ambitieux et humaniste) et le Collectif l’EPI (Enseignants et parents indignés) étaient invités à s’exprimer.

En attendant de vous proposer une synthèse des interventions passionnantes, mais inquiétantes, voici le contenu de ma contribution.

« J’ai rencontré l’AFPEAH (Association Française Pour une Enseignement Ambitieux et Humaniste) et le collectif L’EPI (Enseignants et Parents Indignés) lorsque que je me battais contre la réforme du collège de 2016. Ce que je reprochais à cette réforme était d’éliminer le latin- grec, les classes bilangues et de proposer des activités chronophages comme les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires ou l’Accompagnement Personnalisé, qui me semble-t-il, apportent peu aux élèves. Je m’insurgeais également contre cette école qui fait primer les compétences et l’adaptation aux besoins du marché en lieu et place de l’instruction de la jeunesse. Aussi, je me suis assez vite et bien retrouvée dans une association qui œuvre pour promouvoir un enseignement scolaire et universitaire ambitieux, instructif, humaniste et républicain, structuré autour des disciplines, d’un contenu intellectuel de qualité garanti par le cadrage national d’une offre scolaire sans inégalités de territoires. Le gouvernement a changé et le nouveau ministre semble envoyer des « signaux » qui satisfont ceux que les journalistes appellent les « conservateurs ». De nombreux professeurs vous diront que le climat scolaire s’est amélioré : enfin, on peut donner des devoirs, enfin, on peut sans peur et ouvertement enseigner la grammaire de manière logique et analytique, ce qui était devenu impossible dans certains établissements : les enseignants pouvaient à tout moment être dénoncés par des parents zélés. Le ministre change la teneur du discours médiatique : oui, il faut étudier, oui, la lecture est importante, oui, l’instruction est nécessaire. Mais malheureusement, la loi de refondation de l’école, la réforme du collège et les programmes Lussault sont toujours d’actualité. Tout comme la mise en concurrence des établissements, la subordination de l’instruction au marché du travail et la ghettoïsation de la culture. Et c’est pour cette raison que le combat continue.

La concurrence des établissements.

La concurrence des établissements induit de fait une inégalité scolaire des élèves. Le niveau réel des enfants est devenu totalement opaque, opacité rendue plus forte encore par les nouveaux systèmes de notation. Il est un non-dit fort bien connu des enseignants et des parents bien informés qui est que le « niveau troisième » n’est pas le même partout. D’où la quête perpétuelle d’informations de la part des parents lucides. On saura que dans tel établissement, passer sous la barre des 16 de moyenne générale doit inquiéter les familles quand dans l’établissement d’en face un 15 de moyenne ouvre de belles perspectives de réussite scolaire post bac. La notoriété des établissements devient alors déterminante. Mais comme ces informations ne sont pas lâchées sur la place publique, le parent désireux de suivre la scolarité de son enfant se doit d’entrer dans les réseaux informés, d’où sans doute le succès du privé. De fait, aumônerie, association de parents d’élèves, des anciens élèves et conseil d’administration sont autant de lieux où glaner de l’information. Avoir des amis professeurs, ce qui est mon cas, à tous les échelons, de la maternelle à l’université, est également un cadeau précieux à l’heure actuelle. Par exemple, une de mes amies, lucide, car enseignante, sur les difficultés scolaires de son enfant, a pu préparer longtemps à l’avance l’entrée en bac pro de son enfant. Dès la 4ème, elle a cherché à comprendre comment accéder dans le cursus qui ouvrait le plus de perspectives, à la fois d’emploi mais aussi de passerelles vers les études supérieures ; savoir ce qui dans le dossier de l’enfant serait le plus à même de retenir l’attention du jury de sélection ; présenter également les métiers et secteurs d’activité à son enfant afin qu’il s’y projette. Ainsi, sa mère lui a permis de mettre toutes les chances de son côté et il suit aujourd’hui une belle scolarité dans le secteur qu’il a choisi.
Autre non-dit : Comment prétendre assurer la mixité sociale des élèves et développer parallèlement une offre scolaire par établissement ? Là on étudiera le latin, ici on montera plutôt un projet de radio. Si je considère, et je le considère, que l’étude du latin est indispensable pendant la scolarité, il devient difficile de jouer le jeu de la carte scolaire. D’ailleurs, je ne le joue pas : je voulais que ma fille étudie l’allemand en sixième et le latin en cinquième. Elle les étudie, dans le privé ! Car en 2015, seul cet établissement assurait la possibilité d’étudier l’allemand dès la 6ème ! Un sur six collèges! Mais cette multiplicité des parcours et de l’offre rend indispensable la compréhension des enjeux scolaires. Or, les parents se mobilisent peu : ils gardent une certaine confiance dans l’école, et s’ils ne manquent aucune occasion de déplorer son état actuel, l’idée de déscolariser les enfants n’a pas encore obtenu une adhésion populaire. Mais ils surestiment leur capacité à compenser les lacunes qu’ils voient à l’école ; ils sous-estiment la nuisance des autres canaux d’information. Ils cherchent le diplôme, éventuellement prestigieux, plutôt que l’instruction et sous-estiment les conséquences sociales d’une tête mal faite : nos enfants sont l’objet d’une multitude de sollicitations, pas seulement professionnelles. Leur apprendre à « se vendre » professionnellement aux plus offrants ne les dispose pas à affirmer leur sens critique face aux autres problèmes, ceux qu’on appelle parfois « sociétaux » dans les médias.

Mais à quoi sert l’école?

Car les lacunes sont nombreuses à l’école: les programmes sont pauvres car le savoir est devenu le support ou le prétexte à d’autres apprentissages. Cela ne signifie pas que l’école soit devenue facile ou qu’elle ne réclame plus d’effort. Elle est en fait beaucoup plus difficile qu’avant parce que les élèves sont priés de réaliser des exercices qui ne sont pas toujours à leur portée. En CP, les élèves doivent lire des livres, les résumer, faire des exposés. Les parents lisent, résument ou exposent peu disposés à laisser leurs enfants retourner à l’école avec des feuilles blanches. Au collège, alors qu’ils ont péniblement appris à se présenter en anglais, on leur demandera de rédiger un article sur eux en anglais pour un blog. On leur demandera de faire pousser des lentilles puis de les amener à l’école, comme si à 11 ans ils pouvaient anticiper seuls le temps que prend une lentille pour pousser. Nombreux sont ceux qui les ont plantées la veille. Cela s’appelle construire son savoir. Ainsi, la corrélation entre le niveau social des parents et le niveau de diplômes obtenu par l’enfant est devenu tellement évidente qu’il est possible de parler de co- construction des savoirs : les élèves qui s’en sortent à l’école sont ceux qui sont aidés à la maison. Mais qu’apprennent les enfants à l’école ? Si on suit la communication du ministère de l’Éducation Nationale, l’école apprend à penser, communiquer, apprendre, vivre avec les autres, développer sa curiosité, son sens de l’observation, son sens de l’espace, résoudre des problèmes, bref tout ce que les enfants Achouars du bassin amazonien apprennent sans jamais avoir mis un doigt de pied dans une école. Évidemment, si le rôle que l’école se donne aujourd’hui est de voir nos enfants grandir, on comprend mieux les appels au secours des professeurs des classes préparatoires ou des universités accueillant des élèves en peine avec des notions du niveau collège. Mais, les enfants auraient changé, nous dit-on, et ne s’intéresseraient plus aux contenus scolaires : il faut donc les intéresser. Mais n’est-ce pas justement à l’école de leur montrer pourquoi savoir et connaître est intéressant ? Ainsi, on raconte que Pythagore, arrivé à Crotone ne trouvait personne prêt à s’intéresser à la géométrie qu’il enseignait. Un jour, enfin, l’athlète Milon décida de l’écouter à condition que Pythagore le paye pour cela. Ce que fit Pythagore. Et puis un jour, les leçons s’arrêtèrent. À Milon qui demandait pourquoi , Pythagore répondit penaud : « je n’ai plus d’argent à te donner. » « Mais moi j’en ai » dit Milon, et à son tour il paya ses leçons à Pythagore avec l’argent que celui-ci lui avait préalablement donné. N’est pas cela l’art de la pédagogie, faire sentir le plaisir qui se cache derrière quelque chose qui paraît exigeant ? N’est-ce pas le contraire de la pédagogie actuelle qui tente de séduire l’élève dans l’espoir d’obtenir une minute d’attention ?

Mais à l’heure actuelle, les parents s’inquiètent davantage de la « réussite scolaire » des enfants que de leur niveau réel d’instruction. Si les Français n’en sont pas encore à acheter les diplômes de leurs enfants, ils réclament déjà un droit à la qualification, un droit aux diplômes, comme si la réalité des capacités avaient moins d’importance que le bout d’assignat ouvrant les portes désirées. Les Français sont plus lucides ou moins hypocrites avec le permis de conduire: pas question de le donner à quelqu’un qui ne saurait pas conduire. Ce serait trop dangereux. Or, selon l’APEC (Agence pour l’Emploi des Cadres) [1] les jeunes diplômés ont de grandes difficultés à trouver un emploi : en 2014, seuls 62 % des jeunes titulaires d’un bac+5 ou plus sont en poste neuf mois environ après l’obtention de leur diplôme. Et ils ne sont que 50% en CDI et 57% à avoir obtenu un statut cadre. Ainsi, les familles financent des formations professionnelles en lieu et place des entreprises sans garantie d’embauche pour les jeunes gens, et parallèlement semblent accepter leur faible niveau d’instruction et de culture.

Pourquoi une école de l’instruction?

Même les professeurs ne sont plus très sûrs d’eux. Qui oserait expliquer au journal de 20 heures que le latin permet d’enseigner une pensée susceptible de remettre radicalement en question les évidences du présent ; que la langue allemande permet de lire des textes remarquables d’intelligence et d’enseigner aussi quelques pensées révolutionnaires ? Non, les professeurs de latin n’hésitent pas à rappeler qu’ils ont dépoussiéré leur enseignement et les professeurs d’allemand rappellent qu’économiquement parlant il y a beaucoup de belles perspectives de carrière quand on connait la langue de Goethe. Qui aurait l’idée, lors d’un colloque par exemple, de raconter cette anecdote du mathématicien Henri Pointcaré. Il rappelait en substance qu’il est gênant d’être attablé à la terrasse d’un café allemand et de ne pas être capable de passer sa commande. Mais pour autant, cela n’est pas le problème de l’enseignement scolaire, qui lui doit enseigner la langue littéraire parce que c’est elle qui est intellectuellement exigeante.
Voilà pourquoi à l’AFPEAH nous insistons tant sur l’importance des disciplines, à contre- courant de ceux qui prônent de la prétendue pédagogie et des méthodes. Car nous ne pensons pas que le contenu soit dans la méthode. Prenons par exemple les écoles Montessori. Plébiscitées par les parents aux hauts revenus, elles promettent que l’enfant pourra développer ses pleins potentiels, et les qualités de respect, tolérance et dignité en les vivant au quotidien, et qu’il pourra ainsi faire grandir l’humanité pour bâtir un monde de paix. Soit. Mais qu’apprennent les enfants dans les écoles Montessori ? On voit bien comment on y apprend : en prenant son temps. En se concentrant. En refaisant des dizaines de fois la même tâche. On voit bien qu’on y développe travail, discipline et bonnes manières. Mais sur le fond ? Que signifie « culture » pour Maria Montessori ? Que signifie « univers » ? Est-ce celui de Newton ou celui de Leibniz ? Non, c’est celui de Montessori : « Donnons à l’homme une vision de l’Univers tout entier. L’Univers s’impose comme une réalité et donne réponse à toute question. Avançons ensemble dans le chemin de la vie : tout est partie de l’Univers ; tout s’attache à tout pour former une unité. »[2] Voilà qui n‘est pas très éclairant. Mais finalement, ce n’est pas propre aux écoles Montessori. Nous avons vécu cette année une incroyable offensive des méthodes dites pédagogiques plus innovantes les unes que les autres, de la classe inversée aux Enseignements Pratiques Interdisciplinaires en passant par les Twictées ou autres billevesées numériques en oubliant que les enjeux scolaires portent d’abord sur les contenus. Mais l’approche par les pédagogies en lieu et place de l’approche par les connaissances n’est pas anodine. D’abord, comme je le rappelai dans mon article « Derrière la bienveillance scolaire » ces pratiques développent une école sans professeur. Je rappelais ainsi l’expérience de Sugata Mitra, enseignant en technologie éducative à l’université de Newcastle upon Tyne, en Angleterre. « Il développe depuis vingt ans des espaces d’auto-apprentissage (SOLE), où les enfants apprennent par eux-mêmes. Il encastre des ordinateurs dans le torchis de maisons des bidonvilles et parie sur la curiosité des enfants pour attirer leur attention et leur permettre d’apprendre de manière ludique et autonome. Et ça marche ! Les enfants apprennent, l’éducation émerge, c’est prouvé, les professeurs ne servent à rien. Et où cela nous mène-t-il ? À des enfants abandonnés dans les quartiers les plus pauvres de la planète plantés devant des ordinateurs encastrés dans des murs. Bizarrement, il ne vient à l’idée de personne de se demander si ces enfants ne seraient pas mieux dans des écoles et s’ils n’apprendraient pas mieux au contact d’adultes savants. On ne compare jamais non plus les qualités d’apprentissage entre l’enfant seul face à un matériel attrayant et l’enfant instruit par un enseignant vraiment bienveillant. » Ensuite, il est évidemment absurde de déconnecter la pédagogie de sa discipline. Décortiquer le sens d’une phrase ou dessiner une carte nécessite évidemment des approches différentes. Le leurre de la science des pédagogies est de prétendre qu’il existe une manière d’apprendre indépendamment du contenu et des attendus. Or si je souhaite que mes élèves développent un esprit logique, je ne leur proposerai pas les mêmes exercices que si je souhaite les voir apprendre à suivre des procédures. Dans le premier cas, je mettrai sans doute en avant la démonstration mathématique, quelle que soit la forme que je donne à l’exercice et qui dépend pour beaucoup des élèves que j’ai face à moi. Dans le second cas, j’utiliserai le logiciel prétendument de programmation Scratch qui demande aux élèves de mettre dans le bon ordre une liste de consignes pour réaliser de petits programmes informatiques.

Enfants jouantPire encore, l’enseignement est désormais pensé comme un simple relais d’informations. Or ce qui fait la qualité d’un professeur, c’est la qualité de son analyse et sa capacité à trouver l’angle pédagogique qui va permettre à l’enfant de s’éveiller à la notion étudiée. Quand bien même ce serait plaisant pour l’élève, quel est l’intérêt d’apprendre le latin avec Harry Potter ? N’est-il pas plus intéressant de l’apprendre avec Cicéron ? N’est-il pas en effet plus intéressant de connaître les malversations de Verrès en Sicile que la formule de l’élixir trucmuche pour être à deux endroits à la fois ? Certes, beaucoup d’enfants aiment Harry Potter (mais pas tous), ce petit sorcier prédestiné à sauver le monde des sorciers, société secrète unie par la loi du sang et qui transmet à ses membres un savoir ésotérique capable de réveiller les forces telluriques. Ô, que j’imagine ces longues pages de version latine, dans lesquels les humains sont des êtres inférieurs et où toute personne en état de faiblesse se voit immédiatement humilié par les plus forts. Car même Henricus Poterus n’hésite pas à humilier son ennemi Dragus quand il en a la possibilité, caché par exemple sous sa cape d’invisibilité. Ô combien je m’enthousiasme pour ces versions latines où nous apprenons avec Henricus à survivre, à remettre en question l’autorité des adultes, à saluer la force et l’intelligence de la jeunesse et la loyauté à l’intérieur de son clan : que voilà une lecture saine et progressiste ! Je préfère Cicéron. Et si vraiment les enfants aiment les héros enfantins, qu’ils lisent Tom Sawyer. Même en français, c’est bien parce que c’est intelligent et objectivement intéressant. Je me permets de noter, de plus, que la version latine est Harrius Potter, ce qui ne me semble pas très latin et que Harry Potter et la pierre philosophale est devenu Harrius Potter et Philosophi Lapis [3], c’est-à-dire la pierre du philosophe. Un distingué latiniste me faisait remarquer que c’était une traduction littérale de l’expression anglaise, elle-même dévoyée, puisqu’à l’origine, le terme est stone of the philosophers ce qui se traduit par lapis philosophorum en latin. C’est dire si l’éditeur s’en fiche. Nous sommes davantage dans le gadget que dans la volonté d’instruire.
Car enfin l’école n’est pas là pour séduire les élèves ni pour se faire le relais de la culture de masse. J’en profite, puisque nous sommes dans un théâtre, pour préciser que j’appelle culture de masse, non pas l’accès à tous d’une production culturelle de qualité, mais bien le déferlement massif d’œuvres bâclées car produites trop vite par ceux qui ont plus d’entregent que de talent et dont on nous assomme à longueur d’année. Nous qui luttons, à l’AFPEAH, pour que nos enfants ne soient pas connectés en permanence sur des tablettes ou les yeux rivés devant un écran, aimerions que l’école apprenne justement à nos enfants à prendre de la distance avec l’industrie et la culture de masse. Qu’une jeune fille d’aujourd’hui connaisse Violetta, « héroïne » de Wald Disney en mini-jupe obnubilée par sa vie sexuelle, mais qu’elle ne connaisse pas Elisabeth Bennet ou Emma Woodhouse, les héroïnes de Jane Austin est assez triste. Car dans le premier cas, les sentiments ne dépassent pas vraiment la ceinture, alors que dans le second, les sentiments et les contradictions des jeunes filles sont beaucoup plus éclairants, tant sur le champ de la littérature que sur celui de l’adolescence, même s’il s’agit évidemment d’adolescentes plongées dans un contexte social et historique complètement différent. Mais n’est pas également le cas de Violetta, sud-américaine millionnaire gravitant dans le monde désenchantant de l’industrie de la soupe musicale. Or, les études d’audience sont terribles. Les moins de 15 ans regardent massivement les séries américaines pour adultes. Psychiatres médiatiques et spécialistes des séries nous rassurent, nous parents : les personnages des séries sont loufoques ? Cela permet aux adolescents en pleine transition de se dire que si c’est pire ailleurs, c’est que cela ne va pas si mal chez eux! Les personnages n’en font qu’à leur tête ? C’est fascinant, quelle chance de pouvoir s’affranchir des règles ! Nos adolescents sont eux-mêmes dans une phase de transgression. Les parents ne doivent donc pas s’inquiéter, il est normal que les enfants cherchent des figures tutélaires en dehors de la famille. Si seulement, les dites figures tutélaires étaient des personnages sensés ! Mais cela ne ferait sans doute pas beaucoup d’audience. Autres moyens de déculpabiliser les parents soucieux de ne pas montrer des niaiseries à leurs enfants : les programmes en VO. Devant l’écran, vos enfants ne s’abrutissent pas, ils se cultivent : ils découvrent une langue, des modes de vie et des miroirs dans lesquels ils peuvent se projeter ! Les professeurs de langue vivante se font également le relais de cette idée répandue que c’est en regardant Tarantino en version originale que l’on apprend l’anglais ! Or, ce que l’on attend de l’école, c’est qu’elle développe chez nos enfants des capacités de discernement : l’école devrait permettre à l’enfant de saisir la médiocrité de cette industrie de masse, et non l’enseigner. D’ailleurs, les enfants le sentent, ils ont conscience qu’on se moque d’eux alors. Ils trouvent cela humiliant, et ils ont raison. Car oui, beaucoup d’élèves aiment être pris au sérieux, aiment étudier des textes aussi métaphysiques que le Parménide de Platon ou difficiles comme la théorie optique de Descartes ou la psychanalyse de Freud. Ils aiment être confrontés à des difficultés et les surmonter avec leur professeur. Ils aiment jouer avec la langue, avec les verbes transitifs et les déclinaisons. Non, ils n’aiment pas perdre leur temps, ni se rendre compte que l’administration accepte de nouvelles inepties par lâcheté, par peur de troubler les élèves en difficulté. Ainsi, une amie me rapportait combien ses élèves étaient outrés d’apprendre que certains d’entre-deux avaient désormais la possibilité de prendre en photo les devoirs écrits au tableau plutôt que de sortir leur cahier de texte. Les plus en colère n’étaient pas les moins en difficulté. Il est en effet humiliant d’être considéré comme irrémédiablement incapables.
radio libre collègePour conclure, opposer la démocratisation de l’école à une politique élitiste de l’éducation est un mensonge. A prétendre vouloir réduire les inégalités scolaires et offrir à tous l’égalité des chances, on fait surtout disparaître la chance pour tous d’être réellement instruit. Or, personne n’a encore démontré que les cerveaux des enfants pauvres n’étaient pas adaptés à du contenu de qualité. Et non, slamer son mal-être dans la radio du lycée n’apporte pas autant que l’étude approfondie de l’histoire la Commune, non la semaine de lutte contre les discriminations n’a pas le même impact intellectuel que la lecture de l’article « René Vautier, un orfèvre en Afrique Occidentale Française. » Si lors de nos vieux jours, nous ne voulons pas lire que des niaiseries écrites en lecture inclusive, il est urgent de ne pas laisser tomber les jeunes générations. D’autant plus urgent, que si je constate quelques changements, au moins verbaux, sur le plan de la politique scolaire, je constate aussi que l’importance accordée au latin et au grec l’est davantage pour des raisons de prestige que d’instruction et que parallèlement à cet amour soudain pour la culture antique, le gouvernement laisse disparaître une carrière grecque marseillaise sous le béton. »

Un grand merci à l’équipe organisatrice du Manifeste pour la reconquête une école qui instruire et au théâtre Toursky qui nous accueillait.

Notes:

[1]:https://www.usinenouvelle.com/article/dur-dur-pour-les-jeunes-diplomes-de-s-inserer-dans-l-emploi.N353888

[2]:Marie Montessori- Sa vie, son œuvre- Edwing Mortimer Standing-Edition Desclé de Brouwer

[3]: Harrius Potter et Philosophi Lapis (Harry Potter and the Philosopher’s Stone, Latin edition) (Latin) Hardcover

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s